Le couplet mystique du coeur


Ambassadeurs de mon cœur

Mes vers se délivrent

Mes mains lestées de leurs acquis

Tatouent sur ma peau

Des mots inégaux

Entre mes lignes d’encre

Tes arabesques s’ajoutent

Discrètement çà et là

A fleur de plume

Sous les vents chauds

Mon cœur aime tomber

Ses pétales fragiles

Et vaciller sous tes feuilles

Sans jamais regretter

Un seul élan vers toi !

Tourné vers moi

En un geste d’ouverture

Tu me regardes

Comme par grâce

Tu me re… et gardes

Dans une interaction infinie

Je m’éveille pour t’accueillir

Enfin mûre

Je sais la force de ta trace

Mais que de sens ignorais-je

Dans ton souvenir

Et ton ressouvenir !

Je ne nie pas ton influence

Elle nourrit mes secrets

Mes solitudes

Mes errances

Quand je me cristallise

Je me forme

Ou me brise !

Il ne s’agit plus d’apprendre

En confiance

Dans ton abri poétique

Il s’agit d’amadouer

L’irréversible

De laisser venir

En ouvrant l’œil

Vers l’au-delà

Il s’agit d’être regardante

Re… et gardante !

Tenant bien mon crayon

Je dessine ton visage

Sur le velours du silence

Puis une parole soudaine

Se détache de tes lèvres

Tu es vivant

M’écrié-je !

Je soulève les voiles du rêve

Et me cache sous tes paupières

Je sens une larme chaude

Ne pouvant plus capituler

Je devine le reste de ton corps

L’intrigue devient verbale

Son arcane m’échappe

Au-delà du permis

En deçà du soutenu

Impassible tu me dis :

Tant que je serai absent

Tu transcriras ma présence !

Au comble de mon

Apprentissage

Mon cœur coule

En ligne droite

Sur ton rivage

Tu me dis :

Fais attention

Aux limites fragiles

Entre l’Être et l’Avoir !

J’écoute ton conseil

Sans en saisir tout le sens

C’est l’effet de la distance

Car sur moi

Tu as mille et une

Longueurs d’avance

Faute de te suivre

Je tente de poursuivre

Le sens de ton Être

Mais est-ce que

Pour autant je suis ?

Je te dis :

Une petite indication de toi

Me comblera de joie

Un signe, une étincelle…

Sers-toi de mes sens

De mon âme

De mes songes

Et guide-moi !

Mais tu demeures

Invisible et silencieux

Je te vois à demi

En fermant les yeux

Mon esprit s’excite

Je m’emporte et je t’envahis

Puis je me fais toute petite

Aux portes du trépas

J’essaie la patience

Je ris de douleur

Je pleure de joie

Puis finis par me faire

Silence comme toi !

Comment ne pas osciller

Quand je dialogue avec

La présence de ton absence ?

Au-delà de toute identité

J’arpente les chemins

De la ressemblance

En pays étranger

Je casse mon miroir

Et blesse la main du rêve

Combien même

Je voudrais l’embrasser !

Je raconte mon rêve au rêve

Je déplie la caresse verbale

Et souligne le geste

D’une couleur complice

L’âme dans le cœur

Le cœur dans le corps

Je compte jusqu’à trois

Puis me lance

Dans un éclair de joie

Ma voix éteint le rêve

Mais sa lumière

Subsiste en moi !

Eclaire-moi sur

La rose des sables !

Demandai-je

ta réponse fut :

Guette le caché

Dans le désert

Contemple le manifeste

Dans l’eau

Et entre les deux

Inscris tes propres pétales

Celles qui agissent

De derrière le voile !

Livrée à moi-même

Suis-je devenue Mystique ?

Oui et non

Malgré le devoir de l’oubli

Je te vois

Je t’ouïe

Et je te porte en moi !

Ibn ‘Arabi a dit :

La vie est un rêve à interpréter

Tu as ajouté :

Et à jouer

Avec et contre la mort !

J’ai demandé :

Et quelles sont les règles du jeu ?

Tu as répondu :

Chacun trouve les siennes

Ainsi va la vie

Ou peut-être

Ainsi vient la mort !

L’être Est

L’être s’en est allé !

L’épreuve d’endurance

De celui qui reste commence

Pour maintenir l’exigence

De s’accrocher à un astre

Au milieu de ce désastre

Ne faut-il pas marcher

Cesser de se dresser immobile

Dans l’inachèvement de l’être ?

La frontière est là

Peut-être !

Mais comment marcher

Loin de toi

Près de ma peine

Faire le reste du chemin

Auquel tu m’as initiée

Sans te réinventer ?

Je ne sais pas !

Mes silences sont chargés

De ta voix

Tout est signe de toi par-ci

Trace de toi par-là !

Je dis aux autres

Laissez-moi

Dans la nuit

Le travail de deuil

Est à ce prix

Je dois marcher seule !

Je ferme les yeux

Déjà rouge feu

Et là je te vois

Calme et souriant

En train de forger

A mon deuil ses clés !

Un extrait de ce poème a été lu par Maria Zaki au sein de Pen Club International, en hommage au regretté Abdelkébir Khatibi lors du 1er Festival International de Littérature, à Rabat le 04 juin 2009

Poème publié dans : Le velours du silence, Editions L'Harmattan, Mai 2010

Poème publié aussi sur le site : CULTIVONS-NOUS 2017