Témoignage

Lundi

L’aube se cherche

Et ne se trouve pas

Des anges errent dans

L’atmosphère

De la ville de Rabat

Et mon cœur pleure

Te pleure

Dans l’ombre qui marche

Sur la scène intellectuelle

De mon pays

Que plus jamais

Tu n’éclaireras !

Si aujourd’hui

Tu viens de vêtir

Ton dernier costume de scène

Qu’il soit brodé

A l’aiguille de l’Aimance

Et au fil de l’Amitié !

J’aimerais ritualiser

Chacun de tes mots

De tes conseils

En son cadre d’or

Sur une toile de cristal

Où tu te mirerais

Au-delà des limites

De la mort !

Toi, le scribe mystique

Improvisant la vérité

Le cheval solaire

Lévitant en toute sérénité

Ton être itinérant

Gravite sur une orbite

Qui aujourd’hui

M’est, hélas, interdite !

Toi, qui aimais

La famille

La patrie

Et la rencontre de ton esprit

Avec celui d’autrui

Poètes, scribes, artistes, penseurs …

Nombreux nous sommes

A te pleurer aujourd’hui !

Je joins mes larmes

A celles versées par tous

Bégayant comme eux

Une prière

Tressée en dentelle

Dans la géographie astrale

Pour que reste ouverte

La porte du paradis

Afin que je témoigne

De l’autre côté du temps

Par écrit

Qu’ai-je à espérer de plus

Dans cette interface

Irréversible ?

Rien

Sauf peut-être

La force du souvenir

Le reste suivra

Dans le chant intérieur

Que j’ai appris de toi

Dans le couplet du cœur

Comme tu l’as dit

Toi-même !

Discret

Sans rien déranger

Ton souffle cursif

S’est inscrit en moi

Que je le dévoile

Ou que je le dissimule

Au secret de la page blanche

Je le porte en moi

Malgré ma différence

Et mes cris de liberté

En souffrance !

Tu as dit :

Ne trahis pas l’absent

Car l’absent est tout le désert

Ne t’en fais pas

Je serai une rose des sables

Ou ne serai pas !

Tu as dit :

Rappelle-toi aussi

Le bruit de la mer

Ne t’en fais pas

Ne suis-je pas

Selon tes propres dires

Une poétesse marine ?

Ne suis-je pas

Comme toi

Enfant d’El Jadida ?

Toi, qui ne cessais

De te poser la question :

Suis-je nécessaire ?

Pour qui, pourquoi ?

Et surtout comment ?

Sache que nécessaire

Tu l’es pour nous

Et tu le seras encore

Pour les générations futures

Selon le beau principe

De la réincarnation spirituelle !

Oui, nécessaire

Car tu as tatoué

Notre mémoire

Comme un père

Un frère

Ou un fils

Oui,

Car l’art du signe 

Est souverain

Et que sans symbole

Il n’y a pas d’universel !

Toi, qui te demandais 

Que serait le portrait

D’un intellectuel

Sache que le tien

Notre bien-aimé

Etranger professionnel

Est unique en sa beauté

Aucune frontière ne l’arrêtera

Ni langues

Ni civilisations

Ni commerces

Et tu continueras à venir

A notre rencontre

Quelque part sur le chemin

La main sur le cœur

Ou le cœur sur la main !

 


Poème publié sur eljadida.ma, le 20 mars 2009


http://www.eljadida.ma/actualite_news_el_jadida/hommage-a-abdelkebir-khatibi-par-maria-zaki-a2405.html

 
                  Et dans : Voici défait le silence, 2ème édition, Edilivre, Juin 2009